We publish here the text of the homily of Father Charles Gallichet, Abbot of the Benedictine monastery in Abu Ghosh, for the feast of Saint James at the Saint James Vicariate.

The text is in French.

Frères et sœurs,

Vous devinez mon émotion en prenant le parole en ce lieu. Il eut été meilleur pour moi, et plus honorant, que je vous parle en hébreu. Mais le résultat aurait été terrible, et comme j'ai envie d'être entendu, le mieux demeure le français.

Entendre, écouter. Voilà bien tout le sens de l’Œuvre Saint Jacques.

Faisant mémoire de vos pères qui ont construit ce que vous êtes aujourd'hui en un combat souvent difficile, il est nécessaire pour vous de vous recentrer sur l'essence même de cette Œuvre Saint Jacques :

« Soutien à toute personne désirant vivre sa vie chrétienne au sein du peuple d'Israël, et en premier, à ceux et celles qui, du judaïsme, ont choisi de vivre le Christ, en l'aujourd’hui de leur peuple, Israël. »

Certes, ce n'est pas à moi de vous dire l'orientation de votre communauté. Mais je peux vous dire ce que j'ai vécu en votre proximité, qui ne fut pas de tout repos... pour notre communauté d’Abu-Gosh. Si la nomination de Frère Jean-Baptiste comme évêque auxiliaire du patriarche pour les hébréophones fut – vous le savez – la « risée et critique » de bien du monde, même au sein de la Quéhila (son hébreu n'étant que très incertain), ce fut surtout un acte prophétique du Pape Jean-Paul II, que nous devons garder en mémoire et savoir rappeler de temps en temps à l'Église-institution !!! Je dis bien : de Jean-Paul II « seul »... en un acte volontaire et violent, qui marqua profondément le nonce apostolique de l'époque. Désirant plus que tout une forme d’autonomie pour l’Œuvre Saint Jacques, c'était son désir de voir continuer – et d'écouter – une communauté chrétienne au sein d'Israël, l'Israël d'aujourd'hui. Chacun sait combien Jean-Paul II était sensible à l'histoire récente des Juifs, et donc des Juifs devenus chrétiens. Ses rencontres avec les pères fondateurs de l'Œuvre Saint Jacques ont eu une grande importance pour son discernement. Pour lui, Œuvre Saint Jacques et paroisses hébréophones était un. Petit frère Yohanan peut aujourd'hui encore le confirmer.

Jean-Paul II voyait en cette petite Église une place unique, qui est à mettre au compte de l'histoire du Salut confiée à Israël (ce petit reste).

Qui dit « unique » ne dit pas seul. C'est dans la communion à l’Église de Jérusalem que cela doit se construire, elle aussi unique et mère.

Jérusalem... qui, en ce jour, fête Saint Jacques fils d'Alphée. Écoutons (!!!) ce qu'en dit Benoît XVI : « Jacques a un rôle prépondérant dans l'Église de Jérusalem ; lors du concile de Jérusalem qui fut célébré après la mort de Jacques le Majeur, il affirma que les païens pouvaient être accueillis sans devoir d’abord se soumettre à la circoncision. » Je ne sais si un nouveau concile de Jérusalem est nécessaire pour réintroduire les Juifs au sein de l'Église, car ils ne furent jamais vraiment absents, mais il est temps qu'ils retrouvent une place d’où ils peuvent être entendus écoutés, aimés.

Jacques, « colonne de l'Église, » dit Paul est – pour moi – le modèle de vos Quéhilot. Et ce n'est pas chose facile à vivre.

C'est en l'unique Église de Jérusalem, que nous devenons (ensemble) « colonne de l’Église, » de cette Église qui a vocation à l'universel .

Benoît XVI continue en disant : « Ainsi, la lettre de Jacques nous montre un christianisme très concret et pratique. La foi doit se réaliser dans l'amour du prochain et particulièrement dans les pauvres. » Frères et sœurs, ce combat de l'amour est difficile en notre « terre sainte. » Il n'est pas besoin que je vous donne des exemples : ce combat est bien présent en notre mémoire. Hier encore, nous faisions mémoire de l'impensable : victoire apparente du monde païen sur l’étonnante vivacité de l'histoire du Salut au cours des temps. Je suis convaincu que le fascisme, le communisme et tout intégrisme religieux ou politique, sont ensemble tueurs de la Révélation et donc en premier lieu, de ceux qui en sont les porteurs éternellement : les Juifs.

En cela, nous sommes (tous) solidaires ; oui, nous sommes solidaires du péché du monde, non pour l'acte posé, mais par l’immense difficulté que nous avons à sortir du combat biblique de « Caïn et Abel » : « Il faut que tu meures pour que j'existe et soit reconnu. » Nous sommes sans cesse devant ce combat en tout domaine… politique, social, religieux, intellectuel, financier, etc... : « Je veux que tu meures pour que je possède le ''tout'' . »

Là ne peut être le message du Christ. Nous le savons bien, et pourtant : que d'auto-justifications, que de jugements inutiles sur les uns et les autres, sans savoir ni même avoir essayé d'écouter, de comprendre l'autre en son langage... si différent du mien et pourtant si exceptionnellement vrai et beau... si nous voulons l'écouter.

Pour écouter l'autre, je dois demeurer moi-même, en cherchant à comprendre l'autre plus qu'en cherchant à être compris. Alors, nos oreilles s'ouvriront ; alors, l'autre deviendra sujet de ma joie, et non de ma jalousie.

Ce que nous devons chercher ensemble, Juifs et païens unis au Christ, se trouve dans notre Baptême, lieu de notre rencontre et de notre histoire commune à poursuivre sans cesse ensemble. Lieu où le païen entre dans l'histoire du Salut d'Israël, lieu où le juif entre dans histoire universelle des hommes pour y introduire toute l'originalité de l'histoire du Salut.

Lieu où ensemble, en cette terre si complexe, nous allons essayer de vivre les Béatitudes, éloignant de nous la peur des uns et des autres. Et pour être fidèle à l'idéal que propose saint Jacques : « ne pas planifier notre vie de manière autonome et intéressée, mais laisser place à la volonté insondable de Dieu, » dit Benoît XVI.

Ce combat nous devons le vivre dans l'unité entre nous. Alors, « sa lumière poindra comme l'aurore et sa justice marchera devant toi, » (devant nous).

Il ne s'agit pas d'une marche bucolique, mais d'un combat, qui est AMOUR et qui donc peut faire mal. Mais soyons-en certains : ceci est pour la Paix.